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Nous pouvons faire remonter les origines de
l'éventail à la domestication du feu par l'homme. Ainsi, c'est à la
grande prêtresse du feu que l'on attribua une large feuille, puis
une palme tressée. Il faudra attendre l'ancienne Egypte pour voir
une évolution. L'ancêtre de ce qui sera appelé plus tard flabellum
ou esmouchoir naquit du désir de protéger le souverain des mouches
qui envahissaient le sud de la Méditerrannée.
En Chine comme en Egypte, en Inde ou en Grèce, les
premiers éventails se présentaient sous forme d'écrans, c'est à dire
qu'ils ne pouvaient être ployés.
Chez les Hébreux, l'éventail est placé non plus
près du souverain mais autour du Dieu. En Mésopotamie des porteurs
de chasse mouches en crin viennent rejoindre le porteur de parasol
de l'escorte royale.
En Grèce, l'éventail nommé ripis était en feuille
de myrte, d'acacia ou de lotus. Il devint dès l'époque de Tanagra
(IVe,Ve siècle avant J.C.) un accessoire de "mode féminine". Pour
les Etrusques et les Romains, il faisait partie intégrante de la
toilette des femmes. Sous le rayonnement de Byzance, le rhipidion
sera utilisé dans les rites orientaux. L'utilisation de l'objet va
se répandre au Japon par l'intermédiaire de la Corée. Les Japonais
inventeront au VIIe siècle de l'ère chrétienne l'éventail plié, le "
SENSU ", ou éventail pliant qui aurait été inventé au VIIe siècle
par un artisan japonais qui conçut cet objet en regardant les ailes
d'une chauve-souris qui se ployaient et se déployaient.
Au Moyen Age, on parlera d'esmouchoir composé d'un
manche et de longs fils de crin. En Extrême-Orient, c'est la Chine
qui possède à ce jour le plus ancien exemple d'éventail connu, (VIIe
siècle avant JC). Il s'agissait ici encore d'un éventail écran. Ce
n'est que bien plus tard qu'ils inventeront l'éventail dit brisé
(composé de lamelles).
C'est en 1540 que les portugais rentrant du Japon
vont répandre l'éventail en Europe à partir du marché de gros de
Lisbonne. L'Italie adhérera immédiatement à cette nouvelle forme
d'éventail. Catherine de Médicis mit en vogue à la cour de France,
des éventails italiens, que l'on connaissait déjà depuis la campagne
de Louis XII, ils étaient fabriqués et mis en vente par ses
parfumeurs. Henri III, (1551-1574-1589), portera lui aussi ce
goût en France. Mais ce n'est que vers 1600, lors du mariage de
Marie de Médicis, (1573-1642), avec Henri IV, que la mode
s'imposera. C'est Brantôme dans "la vie des dames galantes" qui
donnera le nom d'éventail.
C'est sous Louis XIV et sur l'initiative de Colbert
que fut instituée la corporation des éventaillistes, le 15 février
1678. Etaient éventaillistes ceux qui pliaient et montaient les
feuilles, les tabletiers réalisaient les montures dans l'Oise.
En 1685, la révocation de l'Edit de Nantes chassa
les protestants de France, les éventaillistes se réfugièrent à
Londres ou en Espagne. Le premier quart du XVIIIe siècle gardera le
goût des petits éventails brisés d'influence chinoise, puis les
éventails pliés gagneront les faveurs de la cour. Milieu XVIIIe,
apparaît la production manufacturée pour répondre à une nouvelle
mode suscitée par les corbeilles de mariage.
En 1760, Martin Petit invente un système de moule à
plisser qui facilitera la production de masse. Fin XVIIIe, certains
éventails seront produits en série, imprimés et rehaussés au
pochoir. Ce premier âge d'or de l'éventail prendra fin à la période
révolutionnaire qui portera un préjudice considérable à cette
industrie. Les robes légères et près du corps du Directoire puis du
Consulat et de l'Empire, vont ralentir l'usage de l'éventail.
Cependant la mode néoclassique voit naître de ravissants petits
éventails de tulle pailleté.
L'architecture gothique sous la Restauration
amènera un nouveau style et relancera le goût des petits éventails
brisés qui avaient été en vogue au XVIIe. L'utilisation de fort
belles copies d'anciens des deux derniers siècles reviendra
également à la mode, notamment grâce au procédé de la
chromolithographie inventée en 1839, permettra une multiplication
d'un même dessin. Une fois encore, la révolution de 1848 manquera
d'anéantir l'industrie de l'éventail, mais les commandes pour
l'exportation permettront de sauver le marché.
Durant le XIXe, la France est le seul pays
producteur en Occident et différencie ses styles en fonction des
pays destinataires. Deux grands noms marqueront la production
d'éventails de ce siècle : Alexandre et Duvelleroy.
La fabrication espagnole, qui avait été négligée
par la haute société durant le XVIIIe siècle, se développe dès 1830.
Valence est alors le centre incontesté de cette industrie en
Espagne.
Contrairement au XVIIIe, où la peinture de feuilles
d'éventails était considérée comme un art mineur, ne méritant pas
d'être signé; au XIXe de grands noms s'illustreront, Edouard Manet,
Renoir peignit des miniatures sur éventails, Pissaro réalisa 72
projets, Paul Gauguin 26, ou les Nabis comme Maurice Denis entre
autres. La fin du XIXe voit se développer le marché publicitaire et
des éventails cotillons en très grande série.
Début XXe les éventails de plumes occupent un temps
le devant de la scène, ainsi que de très belles feuilles peintes sur
soie d'inspiration Art Nouveau puis Art Déco. Cependant, la première
Guerre Mondiale, puis la seconde, verront la fin du règne de
l'éventail pour des raisons économiques et des changements de mode.
L'Espagne et l'Orient sont les seuls grands producteurs
actuellement qui produisent des éventails en grande quantité et à
des prix dérisoires.
Aujourd'hui, la Haute Couture entretient un espoir
de renouveau. En France l'atelier Anne Hoguet est le dernier
producteur spécialisé dans l'éventail haut de gamme.
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 Premiers éventails de frivolité en
feuille de lotus. Tanagra IVe, Ve siècle avant JC,
Grèce.
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